Traumatisée… Et après? #

Bonjour à tous ! Aujourd’hui je vous retrouve pour le portrait de Sophie. Cette jeune maman a été traumatisée par son accouchement et elle se confie sur ses souffrances. Mais aussi sur son processus de guérison. Un magnifique témoignage qui, je l’espère, vous touchera autant que moi…

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« Voici mon histoire, l’histoire de ce moment où je suis devenue une maman.

Je m’appelle Sophie, j’ai 26 ans. J’ai accouché le 26 décembre à 8h25 d’une merveilleuse petite Louise. Elle va très bien, elle est tellement belle, tellement gaie, tellement chouette et je suis une maman comblée, mais ça n’a pas commencé comme ça.

Mon accouchement, s’est déroulé de façon extrêmement traumatique pour moi, j’ai vécu ce que je nomme aujourd’hui comme un enfer, et j’ai vécu cet évènement comme une « torture » et une « humiliation ». J’ai ressentie que l’on ne m’avait absolument considérée comme une être humain. Qu’importe ici la teneur de mon accouchement, il n’en est pas question, aujourd’hui je vais vous parler de ce que j’ai fais pour me guérir. Et cet écrit marquera la « fin » de cette thérapie.

Partie 1 : La maternité.

Le 26 décembre, je rencontre ma fille, mais j’ai extrêmement mal, je pleure, j’ai peur. Mon Superman est à mes cotés, et c’est lui qui s’occupera de ma fille pendant notre séjour… Ma fille est née depuis 12h et je n’ai pas cessé de pleuré. Malgré les visites, je pleure. Je pleure parce que j’ai mal, je pleure parce que j’ai honte. Le soir, on me propose un rdv avec une psychologue. Je suis moi-même psychologue, et manque de bol, je suis souvent amenée à travailler avec cette psychologue régulièrement, alors je me dis que je verrai quelqu’un après.

Mes parents sont très en colère, ils sont très désagréables avec le personnel, Superman lui, en Super-héros, se montre calme et tellement bienveillant, il sait que j’en ai besoin. Mais ma mère est déchaînée, j’ai besoin qu’elle s’arrête car finalement, moi, je voudrais que la colère me quitte, pour être paisible. 4 jours à la maternité, j’ai besoin qu’on me laisse tranquille, nous rentrons.  Le lendemain, je suis de nouveau hospitalisée. Et je pleure, toujours. Je me sens tellement bâclée, tellement dysfonctionnelle, tellement fautive. On me soigne, mais on me dit que « j’en rajoute ».

Je rentre chez moi.

Partie 2 : soigner les bobos

Je suis rentrée à la maison, et Superman s’occupait toujours de la prunelle de nos yeux, et de moi, avec tant d’amour, mon dieu ce qu’il est merveilleux. Je me répare, la sage-femme vient une fois par jour, une infirmière vient aussi une fois par jour. Je pleure mais je me répare, physiquement.  Au bout de quelques jours j’apprends à me lever, j’apprends à m’occuper de Louise, j’apprends à ne plus pleurer : j’apprends à oublier et à digérer.

Ma maman me rend folle, elle s’énerve : « Sophie, tu ne peux pas laisser faire ça, tu dois faire quelque chose, porter plainte ? Tout garder, tout photocopier, les ordonnances, les papiers de la maternité, tout ce qui montre ce que tu as subis ». Non, je veux juste oublier.

Mon corps est presque guéri, j’ai accouché il y a un mois, et j’ai prévu de reprendre le travail, car travaillant en libéral, je ne peux pas m’arrêter plus que ça. J’ai encore mal, et je vois : Kiné, Osteopathe, sage-femme, accuponctrice, en plus du boulot.  Heureusement ma nounou est sensationnelle, elle va s’occuper de Louise, surement mieux que moi, me dis-je. Mais je pleure encore beaucoup lorsque je suis seule.

Partie 3 : Pourquoi tu pleures ?

 Je pleure parce que j’ai un souvenir atroce de ce qu’il s’est passé, parce que j’ai l’impression que je n’ai pas su accoucher, que je n’ai pas fait correctement mon travail, que je n’ai pas assuré, que j’ai peut-être été une mauvaise patiente, une mauvaise mère dès le départ, je n’ai pas réussi à faire ça alors que j’avais 9 mois pour me préparer, 9 mois pour apprendre, neuf mois pour me détendre et me reposer. Mais on me l’a beaucoup reproché, pendant 9 mois, j’ai travaillé, je me suis occupée de mes patients et pas vraiment de moi et à la fois, c’était moi, ma façon d’être et de penser. Je pleure parce que je me demande si ma vie de couple va être touchée et abîmée par cet accouchement, est-ce que je vais un jour retrouver une vie sexuelle ? Est-ce que je vais avoir envie de faire un autre enfant ? Est-ce que je vais accepter que l’on me touche encore ?

Je fais la Ré-éducation du périnée, je vois ma sage-femme 1 fois par semaine et elle grimace quand on travaille, il va falloir du temps et du travail me dit-elle. Alors je pleure. Ça fait deux mois que j’ai accouché et je me fais littéralement pipi dessus si je ne vais aux toilettes dans la minute. (J’ai fait ma ré-éducation pendant 7 mois)

Ma mère est toujours en colère elle me bassine, et moi je pleure parce qu’elle dit ce que je voudrais dire. Il est grand temps de faire quelque chose. Je me renseigne et je prends rdv avec une psychologue spécialiste de la maternité, de la périnatalité. Et j’y vais.

Partie 4 : La psychologue

Au début c’était extrêmement compliqué de lui parler de cet accouchement, l’impression de l’avoir déjà trop raconté, d’exagérer alors que non, de passer pour une hystérique… Mais je parle et je pleure. Et ça me fait du bien. Elle soulève plusieurs questions :

–          Avez-vous reproché ce qu’il vous est arrivé à quelqu’un d’autre que vous ? Avez-vous pu dire quelque chose à l’équipe médicale ?

Et non bien-sûr, j’ai même poussé le vice en leur envoyant un faire part et un paquet de chocolat. Idiote que je suis…

–          Comment allez-vous aujourd’hui, qu’est-ce que vous ressentez ?

Je vais mal même si je fais semblant… Je parlais et je m’entendais dire des aberrations, surtout je m’entendais souffrir sans prendre soin de moi.  Voilà, nous avons parlé, raconté, elle m’a écoutée, elle m’a aidé à mettre en ordre et à démêlé ce que je m’infligeais et ce qu’il fallait dire. Je l’ai vu plusieurs fois, et petit à petit, je découvrais ma fille en rentrant à la maison, je la regardais avec tellement d’amour…

Oui mais, ma fille est marqué à vie au niveau de la tempe par mon accouchement, donc comment gérer ce symbole ?

J’ai parle avec la psy et elle me demande de quoi est-ce le symbole ? Je lui dis que c’est surtout le symbole de ma douleur, de ma peur, de mon incapacité à pousser… Elle me dit oui, mais on peut peut-être changer la couleur du drapeau ? Pourriez-vous changer le symbole ? Celui de votre premier combat, de votre rencontre ? Pourquoi pas… Et finalement ça se passe bien. Je l’aime tellement, je me sens mère. Et je vais mieux, je ne pleure plus quand je vais la voir.

Partie 5 : une vie normale ?

Je reprends mon train-train quotidien… Et de plus en plus, ça va mieux. Et un jour, je fais un petit malaise au bureau, de rien du tout… (baisse de tension, fatigue…) je suis donc dans mon cabinet, et ma mère vient chercher le siège auto pour récupérer ma fille chez nounou. Elle s’énerve ! « Putain ! Mais on va tous les tuer ! Voilà ! T’as toujours pas récupéré ! Tu fais encore des malaises !  Cette maternité est incompétente ! Je te jure je vais y aller et je vais tous les épingler !!! »

«  Stop Maman, Stop. Je vais mieux, j’ai moi aussi été très en colère et je l’ai mal digéré, j’ai de la colère encore aujourd’hui et je la gère mieux aujourd’hui. Je suis triste et j’entends ta tristesse. Ne t’énerves pas, parce que ça me le rappelle à chaque fois…. Ce n’est pas entre nous qu’il faut adresser notre colère. »

 CA, ça m’a fait du bien. De le dire : JE VAIS MIEUX, Maman, ne t’inquiète pas.

Après cet épisode, je décide d’écrire un courrier au directeur de la maternité, et aux sage-femmes qui se sont « occupées » de moi. Pas pour les menacer, mais pour parler de ce que j’ai vécu, pour que ce qui m’est arrivé n’arrive plus, ou bien pour qu’ils en prennent conscience. Et surtout, pour mettre un point et une signature et pour l’adresser à quelqu’un cette colère. En plus, j’ai rdv avec la gynécologue qui est venue me « sauver » lors de mon accouchement, et qui a sortie Louise. Donc je vais lui demander mon dossier complet d’accouchement. J’en ai besoin. Je ne l’ai toujours pas, je fais donc des courriers en recommandé pour l’obtenir, et si au prochain courrier je ne le récupère pas, je ferai intervenir une avocate d’une association pour les femmes ; mais sans colère et sans haine, juste parce qu’il me revient.

« Heureusement », Superman est absent pendant 5 mois pour son travail. Je mets donc la question des rapports sexuels de coté…  pour l’instant, même si j’ai quand même plus de confiance. Après l’accouchement il me manque tellement plus qu’avant, lors de ces derniers départ, il a été mon cœur, mes poumons, mes nerfs, s’il avait pu prendre ma douleur il l’aurait fait… il a été mon ange-gardien et un papa tellement merveilleux.

Une anecdote assez drôle : A part mon retour de couche, je n’ai pas eu mes règles depuis l’accouchement… Je m’inquiétais car ça faisait quand même 7 mois. En Aout, je vais en vacances chez une amie, et son mari est Gynécologue Obstétricien. Un soir, alors qu’on discute tous les 3 autour d’un verre de vin, il me dit « Sophie, si tu veux on peut en parler ». L’alcool aidant (2 verres de vins hein…) , je lâche un peu le morceau, ma haine, et il m’explique plein de choses, il m’explique des choses qu’on ne m’avait pas dites : sur les produits qu’on m’a injectés, sur les procédures qui ont été faites, sur les différents examens qui auraient pu être faits… et accable les sages-femmes qui ont essayé de m’accoucher de critiques. J’ai beaucoup pleuré et j’ai « craché » ma haine, j’ai été extrêmement en colère ce soir là. Croyez-le ou non, le lendemain matin, j’avais mes règles.

J’ai appris aussi que les gens qui n’ont pas accouché, les mamans qui n’ont pas eu de problèmes, les mamans en général, les médecins, les sages-femmes, les collègues, les amies, ma maman, mon papa, ma belle-mère, ma belle-sœur… tous ces gens ont à leur manière essayé de m’aider, ils m’ont écouté, m’ont plainte, m’ont épaulé. Mais personne n’a réellement compris ce que j’avais vécu. J’avais besoin de m’entendre, de m’écouter, de marquer cette écoute dans un espace particulier. J’ai eu besoin d’aide, d’une aide méritée, et j’avais besoin que cette colère se fasse, à ma façon. C’est de ça dont j’avais besoin.

Les mamans qui ont vécu aussi un traumatisme d’accouchement, m’ont beaucoup aidé aussi, on a partagé, on s’est écoutées, on s’est donné des conseils, pour soigner les bobos, pour soulager les douleurs… Mais vraiment, le temps, la psychologue, et ma propre parole, c’est ce qui m’a aidé le plus. Et surtout, quelqu’un sans qui je pense, je serai morte : Ma fille, et mon Superman. Cet homme est le plus fort que je connaisse, le plus beau, et le plus bienveillant. Il m’a tellement aidé. Et il a encaissé ça, comme d’habitude, sans une égratignure.

Je ne souhaite à personne de vivre ce que j’ai vécu, mais aujourd’hui, j’encourage les mamans à aller parler de ce qu’elles ont vécu, à parler autour d’elle, à demander de l’aide, à écouter leur peine, à ne pas dire : « d’abord mon enfant, moi on verra dans 20 ans ». Ma Louise s’est épanouie en même temps que moi, une enfant merveilleuse, ma fille, la première, la petite fleur qui m’a transformée en maman. Aujourd’hui, je la regarde avec amour, et seulement avec amour, je n’ai plus de peine qui déborde, même inconsciente. »

Et vous? Avez vous vécu des traumatismes liés à votre accouchement? Comment les avez vous surmonté? Venez en parler avec nous dans les commentaires !

enfance joyeuse

Sophie, traumatisée par son accouchement. Sa guérison.

 

13 Commentaires

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    Honey Mum

    Salut Charlotte,
    C’est vraiment touchant comme témoignage, ça me fait de la peine de lire toute cette « violence obstétricale » … Comment est-ce encore possible?
    J’espère que tout ira bien pour elle et sa petite famille…

    Estefania.
    Honey Mum

    • 2
      Enfance Joyeuse

      Merci pour ton retour Estefania.
      Malheureusement ça arrive encore.. Les naissances sont parfois difficilement vécues par les mamans selon les situations d’accouchement.
      Merci pour ton soutien envers Sophie et sa famille !
      A bientôt, merci d’être passée sur le blog !

  2. 3
    Julie

    Bonjour,
    Moi aussi j’ai vécu un 1er accouchement qui m’a traumatisée. Pas physiquement pour ma part, mais déjà psychologiquement c’est bien assez… perte des eaux le dimanche fin d’après midi, bébé arrivé le mercredi fin d’apres midi… certains m’ont dit que c’est pas l’accouchement en lui même, d’autre que c’est normal d’avoir mal, mais 3 jours à souffrir c’est long… les dernières heures censées etre les plus « violentes » ont été du gâteau !! Et ces douleurs là disparaissent, pas les autres. Comme vous, mon homme a été formidable, il a subi les 3 jours avec une force mentale incroyable et physique aussi…
    de base je voulais 1 enfant, après ça c’était clair… stop, pas de sadomasochisme…
    Mais avec le temps, un travail sur moi et grâce à plein de témoignages via les réseaux socio je me suis mis en tête « chaque accouchement est différent, il ne faut pas se priver d’un bonheur d’une vie… », bref je suis retombée enceinte 2 ans et 1/2 plus tard… en priant chaque soir pour le jour fatidique…
    après 48h de pré travail, un premier passage à la mater avec retour à la maison et une suspicion de rupture, quand la sage femme m’a dit « on vous garde » j’ai dit YES… 2h plus tard, quand elle m’a dit « on vous met en chambre, rien ne se passe il faut attendre », j’ai pleuré toutes les larmes que je pouvais… ça recommençait… et quand 30min plus tard une autre sage femme est venue me chercher en me disant «  on vous pose la péridurale, on vous déclenche » si j’avais été fraîche et légère je lui aurais sauté au cou de joie!!!

    • 4
      Enfance Joyeuse

      Merci du fond du coeur pour ce témoignage !!
      Comme Sophie, votre premier accouchement a été très dur. Et puis, le second, s’est mieux déroulé. Votre témoignage est un réel message d’espoir !!!
      J’imagine comme ça a du être éprouvant pour vous. Alors merci de partager cela ici, avec nous.
      A bientôt.

  3. 5
    Sophie

    Merci beaucoup de l’avoir Publiée 🙂 j’espere Que ça aidera d’autres mamans, qu’elles aussi elle se feront aider et prendront soin d’elle. Tu fais un travail merveilleux, merci beaucoup pour ce que tu fais pour les femmes et les familles ! ❤️

    • 6
      Enfance Joyeuse

      Oh merci !
      Merci à toi d’avoir pris ta plume pour raconter cette partie de ta vie qui n’a vraiment pas été facile.
      Ton témoignage parle, il n’y a qu’à regarder les commentaires.
      MERCI à toi !
      Et à bientôt !

  4. 7
    WorkingMutti

    Tout mon soutien à cette maman qui vécu l’horreur. C’est mon côté juriste, mais dans ce cas, il serait opportun de saisir la commission des usagers de l’établissement. Un petit courrier à l’Agence Régionale de Santé permet de signaler la situation. La direction des hôpitaux a souvent tendance à couvrir son personnel. Mais je sais que ces démarches sont difficiles autant matériellement que psychologiquement.

    • 8
      Enfance Joyeuse

      Merci pour ton soutien. Je pense que ton avis de juriste est tout à fait adapté à la situation. Je n’avais pas pensé à l’ARS… Peut-être que ça pourrait être un point de départ si Sophie souhaite entamer des procédures… car comme tu le soulèves, ce n’est pas évident de se lancer dans ce parcours là !
      Merci beaucoup pour ton commentaire & à bientôt !

    • 9
      Sophie

      Merci beaucoup, c’est ce que m’a dit’ ma collègue avocate au CDIFF, donc je prépare un second courrier à envoyer…. pour eux en effet. Il me semble en effet que c’est’ important. Merci beaucoup.

  5. 10
    Dinde De Toi

    Difficile à lire ce témoignage, on ressent toute la détresse de la maman derrière les mots choisis. Tout mon soutien va vers elle ☀️, en espérant que son traumatisme se referme doucement.

  6. 12
    Jessica

    Merci pour les beaux témoignages que tu relais, c’est très touchant. Il n’y a qu’une façon de se guérir, c’est de parler, même si le chemin est long cette maman a été très forte et son courage est remarquable !

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