Un papa courage. #

Bonjour à tous! Je suis ravie de vous retrouver en ce dimanche pour un portrait original. En cette journée de fête des pères, je souhaitais mettre un papa à l’honneur. Alors aujourd’hui c’est Jean Marc qui se livre 25 ans après la naissance de son fils. Je souhaite le remercier du temps qu’il m’a accordé et de s’être replongé dans ses souvenirs pour vous partager son histoire. Aujourd’hui vous allez lire un témoignage bouleversant. Et c’est grâce à lui. 

portrait papa

Cher Jean Marc, commençons par le début. Peux tu nous en dire plus sur la grossesse de ta femme? 

Dès le départ, nous savions que cela ne serait pas une grossesse «normale». Etant donné qu’Annie, ma femme, avait une malformation de l’utérus (utérus en forme de trèfle) on était certains d’avoir un enfant prématuré. A partir du troisième mois, elle a du rester allongée. C’était un obligation médicale. Le but était de garder le plus longtemps possible notre enfant au chaud. 

On a donc fait des échographies rapprochées pour être surs que tout allait bien et elles étaient normales.  Avant la naissance, nous avons participé à des séances de préparation à l’accouchement à l’hôpital.  

Dès la grossesse vous saviez donc que votre enfant naitrait prématuré. Comment vous êtes vous préparés pour son arrivée? 

On n’a pas fait de préparation particulière. On n’a pas voulu demander le sexe du bébé. On avait choisi un prénom  de garçon et un de fille. L’accouchement était programmé à l’hôpital d’à coté de chez nous (une dizaine de kilomètres). Et on savait qu’on transférerait notre bébé dès sa naissance dans un hôpital plus grand et avec un service spécifique pour prématurés.  

D’un point de vue technique, on n’avait pas voulu préparer trop de choses avant un certain mois. Comme les médecins nous avaient dit que le foetus serait viable à partir de 6 mois et demi, on préférait attendre cette date là. A partir de ce moment, on a donc préparé la chambre et les affaires. 

Notre seule inquiétude était de faire en sorte que notre enfant reste dans le ventre d’Annie le plus longtemps possible. Comme ça, on avait plus de chances qu’il soit en bonne santé. 

Et puis ta femme a été prise de contractions. Peux tu nous raconter ce moment? 

A 7 mois de grossesse, elle a eu des contractions très fortes. On est donc partis à l’hôpital. C’était une fausse alerte. Mais, on nous avait dit que ça serait pour bientôt. Et une semaine après, en effet, notre fils est arrivé. A 5 heures du matin, à la maison, avant que je parte au travail, Annie a perdu les eaux. Du coup, on est partis à l’hôpital. Elle a eu environ 12 heures de travail. Et finalement, elle a décidé de faire une césarienne. Elle avait très mal et était fatiguée. Du coup, comme ce n’était pas programmé, elle est descendue au bloc sans moi. J’ai du attendre dans le couloir.

Du couloir, tu ne savais donc rien de ce qu’il se passait dans le bloc? 

Non car je n’y étais pas. Une fois que mon fils est né, le docteur m’a dit que tout s’était bien passé. Il m’a dit que Kevin, mon fils, était un beau bébé. Malgré sa prématurité il était joufflu. Et de là, tout est allé très vite. Une fois sorti du ventre, le médecin l’a montré rapidement à Annie. Ensuite, il a été mis dans une couveuse portative. Les infirmiers sont passés devant moi avec cette dernière. C’est là que je l’ai vu pour la première fois. Mon fils a pris  l’hélicoptère juste après pour être transporté dans l’autre hôpital pour prématurés. Il a pris l’avion à quelques minutes de vie. 

Cette rencontre entre vous deux a donc été très brève. Qu’as tu ressenti? 

J’était très content de le voir. Mais j’étais aussi frustré de le voir si peu. Ca a dû durer 30 secondes. Et puis, le plus dur c’est que je ne pouvais pas voir Annie non plus. Elle a fait une hémorragie suite à la césarienne. Ils ont donc du l’amener en soins intensifs. Je n’avais pas le droit d’aller la voir tant qu’elle n’était pas stabilisée. Ca a donc été très dur pour moi car j’étais seul. Ma femme était en soin intensif et mon fils dans un autre hôpital. 

Tu étais donc partagé entre ta femme qui restait ici et ton fils qu’on emmenait. Comment as tu géré la situation? 

Dans un premier temps, j’ai attendu dans le couloir pour voir ma femme. C’est là que j’ai appris qu’elle était transférée en soins intensifs. L’infirmière m’a dit que le mieux était de rentrer chez moi car je ne pouvais voir aucun des deux. Elle m’a conseillé de partir me reposer. Et c’était plus facile à dire qu’à faire !! Je me suis donc retrouvé à la maison. J’ai passé mon temps au téléphone à passer d’un hôpital à l’autre pour savoir comment ils allaient. On m’a toujours répondu et ça me rassurait. Des deux côtés, on me disait que ça allait. Pour Kevin en revanche, je savais qu’il fallait attendre 48 heures avant qu’ils se prononcent d’avantage. Les 48 premières heures de vie étaient les plus critiques pour lui. 

Suite à cela, tu as donc commencé les allers retours entre ta maison, l’hôpital de ton fils et celui où était encore hospitalisée ta femme. Comment t’organisais tu? 

J’ai commencé dès le lendemain à aller voir mon fils car je ne pouvais toujours pas aller voir ma femme. J’avais 45 minutes de route pour y aller. Dans le service de prématurés, il fallait que je m’habille avec des vêtements stériles et que je prenne mille précautions. Ceci étant fait, je suis entré pour la première fois dans ce service. Je me souviens d’avoir trouvé la salle impressionnante. Il devait y avoir au moins 200 couveuses. C’était impressionnant. On m’a montré où était la couveuse de Kevin. Je ne voyais que son prénom sur son bracelet situé au pied. Je ne voyais pas grand chose d’autre. Il avait un caisson à oxygène sur la tête. Il y avait beaucoup de fils et de tuyaux qui sortaient de partout. Il avait également des poids sur les jambes. Et une grosse couche. Cette couche bien trop grosse pour lui. Ca m’a marqué, je m’en souviens bien ! La seule chose que je voyais c’était un tout petit bout de ventre. J’avais pris la caméra pour le filmer pour le montrer à ma femme. Mais quand j’ai vu notre enfant comme ça, j’ai préféré ne pas filmer. Quand j’ai pu la voir, je lui ai dis que les caméras n’étaient pas autorisées dans le service. Je ne voulais pas qu’elle le voit comme ça pour la première fois. Surtout que cette séparation n’était pas facile à vivre pour elle. Durant les premiers instants de vie de mon fils, j’étais donc la seule personne autorisée à le voir. Après deux jours, les infirmières m’ont proposé de lui changer sa couche. C’était bien. C’était nos premiers contacts. Le quatrième jour, elles l’ont sorti de sa couveuse pour me le donner. C’était trop court car comme il était branché de partout, à chaque mouvement, ça sonnait. Et ces sonneries me stressaient. En revanche, je me souviens que les infirmières étaient supers. Leur soutien m’a beaucoup aidé. Je me suis senti bien entouré grâce aux équipes médicales même si j’étais seul. Et puis, quand Kevin a réussi à respirer tout seul, au bout d’une semaine, j’ai pu le porter vraiment. Je m’en souviens car c’est à ce moment là que ma femme est sortie des soins intensifs. Au bout de 15 jours il a pu passer en berceau. Il était toujours nourri par sonde mais il a pu quitter la couveuse. C’était bien plus facile pour le toucher. Et puis en plus, il prenait bien du poids. 

En parallèle de mes visites à l’hôpital des prématurés, j’allais voir ma femme tous les jours. J’ai obtenu le droit d’aller la voir même si elle était encore en soins intensifs. 

Ces allers retours n’étaient pas évidents. Je travaillais de 4 heures du matin à 14 heures. J’allais voir Annie et ensuite Kevin. Je devais m’occuper des courses, de la maison et de me reposer car je me levais tôt ! 

J’imagine que cette période de séparation a du être très éprouvante pour ta femme. Que faisais tu pour favoriser le lien entre elle et son fils alors qu’ils étaient séparés physiquement? 

Je lui racontai les progrès et l’évolution de Kevin. De son côté, elle appelait tous les jours, plusieurs fois par jour, l’hôpital où était hospitalisé Kevin. Je lui donnais d’autres nouvelles quand j’allais le voir. Enfin, elle a pu sortir au bout de 3 semaines d’hôpital. Et deux jours après son retour à la maison, malgré sa fatigue, elle a voulu qu’on aille voir notre fils. 

Cette rencontre a du rester dans ta mémoire…

C’est vrai. Il y avait beaucoup d’émotions. Nous étions enfin réunis tous les trois ! Et puis, les médecins nous donnaient de bonnes nouvelles pour notre fils. Ils étaient très optimistes. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’il arrive à se nourrir tout seul. Pendant 15 jours, on y est allés quotidiennement. Au début, on y allait tous les deux et quand Annie a pu conduire seule, elle y allait en journée sans moi. 

Un samedi, alors qu’on était à la maison, l’hôpital à appelé. Kevin était prêt à sortir. On a pu aller le chercher. Et on y est allés de suite !! 

Comment s’est passé le retour à la maison? Tu as rapidement réussi à prendre tes marques? 

Le retour à la maison n’était pas évident. J’imagine que quand on vient d’agir un enfant dans un contexte « normal », ça ne doit pas être facile…  Mais là,  le moindre sursaut ou éternuement, nous inquiétait. On nous avait dit de pas nous en faire. Le plus important d’après les médecins c ‘était que Kevin prenne bien ses biberons. Tant qu’il mangeait, il n’y avait pas de soucis. Et il a très bien mangé. Depuis le début, c’est son appétit qui l’a sauvé! Dès qu’il a pu prendre quelque chose, il l’a pris. Et ça: depuis la grossesse! Il est né prématuré mais avec un bon poids. Son appétit, c’est ça qui l’a sauvé ! 

Les 15 premiers jours ont été supers. On avait certes de l’appréhension mais finalement, tout s’est bien déroulé. Il mangeait bien, il dormait bien. Ce retour à la maison s’est fait en douceur. 

On était biens tous les trois. ENFIN.

Finalement, la famille était au complet. Après toutes ces angoisses, ses craintes et ses peurs, vous étiez enfin réunis. Quel conseil souhaiterais tu donner aux familles qui sont amenées à vivre la même situation par laquelle vous êtes passées?

Avec les prématurés, il faut savoir qu’ils ont soif de la vie. Ils se battent peut-être plus que les autres bébés. Il ne faut donc pas perdre espoir. On a eu de la chance d’avoir un battant. Il s’est toujours battu pour vivre. Si vous vivez la même situation, essayez d’avoir le moins peur possible. Même si votre bébé est né prématurément. Mais je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire. Pour vous donner de l’espoir, je peux vous dire que Kevin, 25 ans après, se porte merveilleusement bien. Et pourtant, à l’époque, les médecins avaient peur pour son développement. Il avait passé un scanner à sa naissance où ils avaient découverts une grosseur au cerveau. Il ne fallait pas qu’elle grossisse excessivement. D’ailleurs, on avait peur pour ça. On a donc du faire passer des scanners à Kevin jusqu’à ses cinq ans. Mais au final, plus de peur que de mal! Il s’est toujours bien développé. Il faut donc garder espoir. Espoir en la vie. 

 

Je remercie Jean Marc du fond du coeur de s’être livré ainsi pour moi et pour vous aujourd’hui. Ce portrait est bouleversant. Merci encore à toi. Cette histoire est magnifique et donnera de l’espoir à d’autres parents je l’espère. 

En ce jour si particulier, je tenais donc à mettre en lumière les papas. Ces magnifiques papas qui constituent vos familles. Des héros. Ce jour est le votre alors bonne fête des pères ! 

Et bien sur, une pensée particulière à mon papa à moi ♥ … 

Si vous avez des questions à poser à Jean Marc, n’hésitez pas à commenter cet article. 

A bientôt, 

Charlotte. 

6 Commentaires

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    ROBERT

    Bonjour wouah… Moi je tire mon chapeau à ce papa… Jean Marc… À la maman Annie et au petit bout de chou. Kévin…. Je suis sur que cette famille est soudée par rapport à tout ce qu ils ont vécu….. Ils ont tous les trois eu la force de survivre aux événements…. Tu en penses quoi Charlotte….. Je les embrasse a tous…. Quel exemple et quelle force…..

    • 2
      Enfance Joyeuse

      J’en pense qu’ils sont tous les trois extraordinaires et que leur histoire l’est depuis le tout début … Alors chapeau à Jean Marc, Annie & Kevin comme tu le dis !

      Merci pour ce commentaire 😉

  2. 3
    Audrey

    Très beau portrait ! Heureusement qu’il existe des hommes et des papas comme ça bravo ! Quel courage et qu’elles belles preuves d’amour !

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