Ma grossesse m’a été volée par les médecins et leurs examens. #

Bonjour à tous ! J’espère que vous allez bien. Aujourd’hui je vous retrouve pour vous présenter le portrait de Géraldine. Considérée comme « patiente à risques » du fait de son surpoids durant sa grossesse, elle revient sur tous ses examens et l’accompagnement des médecins dont elle a souffert. Jugée, pas écoutée, pas respectée, elle aurait aimé leur dire « stop ». Elle vous raconte toute son histoire ici. ↓

Ma grossesse a été gâchée par mes médecins et leurs examens...

Chère Géraldine, peux-tu commencer par te présenter ?

Je m’appelle Géraldine, j’ai 27 ans je suis mariée depuis bientôt deux ans. Nous avons décidé de mettre en route un bébé en mars 2018 donc arrêt de la pilule. Je suis tombée enceinte en juin. Mon fils Zakaria va avoir 1 mois le 20 avril.

Avant de tomber enceinte, comment te sentais-tu dans ton corps ?

J’ai toujours été un peu en surpoids mais j’ai toujours été très à l’aise avec mon corps. Je suis grande, je suis ronde et je suis heureuse. 

Quand tu as découvert ta grossesse, tu as commencé un suivi médical classique. Comment s’est il passé au début ?

J’ai découvert ma grossesse en juillet. J’avais un retard de règle et un test de grossesse positif me l’a confirmé. Je suis allée voir une gynécologue pour la première fois de ma vie. On a fait la fameuse échographie de datation et les problèmes ont commencé…

La gynécologue ne nous a même pas dit que tout allait bien…. J’ai seulement eu le droit à un : « félicitation mais on va attendre les 3 mois. Avec votre poids c’est risqué et il y a plus de chance de fausse couche ».

Je suis partie en vacances en Tunisie ou à fait une écho de plaisir qui nous a confirmé que tout allait très bien. 

J’imagine que ça a du être très violent pour toi d’être considérée comme « grossesse à risque » uniquement du fait de ton poids alors qu’il n’y avait aucun indicateur de problème… Comment l’as-tu vécu ?

Je l’ai très mal vécu… Résultat, les 4 premiers mois j’ai perdu plus de 13 kilos alors que je n’ai pas eu de nausées.

Je me suis littéralement effondrée, et impossible de manger sans voir peur de tuer le bébé…

J’ai commencé à etre vêtue de noir au quotidien et j’avais peur de ma grossesse, de mon corps et du regard des médecins et des autres. J’ai vécu avec la peur de voir mon ventre grossir. 

Plus la grossesse avançait et moins tu te sentais connectée à ton corps. Comment expliques-tu cela ?

De base je ne suis pas trop médecin… Et puis tu tombes enceinte et tu as des rendez vous très souvent. Ma gynécologue : c’était l’angoisse à chaque fois. Tu rentres dans le bureau et puis l’enfer arrive… Et recommence à chaque fois.

« Allez-y madame déshabillez-vous, montez sur la balance… »

Et puis tu t’assoies, toute nue, sur le fauteuil, jambes écartées et c’est « porte ouverte » aux doigts, aux outils et tout cela sans explication et sans respect de l’intimité…

Et ça, tous les mois…

J’ai eu la sensation d’être violée à chaque séance à tel point que mon mari ne pouvait pas me toucher les jours suivants…

Et puis au septième mois de grossesse, les rendez vous ont eu lieu à la maternité. C’était toujours pareil mais avec en plus la présence d’étudiants. Tu es nue, l’étudiant vérifie le col et la gynéco passe derrière. Et çà tous les 15 jours.

Tu rentres chez toi, tu saignes, tu pleures et tu détestes être enceinte….

J’aurais aimé être considérée, avoir un drap sur ma poitrine, être cachée. Qu’on me demande si moi j’allais bien mais non… Être enceinte c’est être un ventre et un utérus aux yeux de tous…. On te met nue, on te viole, on te touche le ventre et c’est fini « à dans 15 jours ». 

Au cours de tous ces examens, y a t’il eu un moment où tu as réussi à dire stop ?

Non jamais… Je me disais que c’était normal, que j’étais sensible. Le problème c’était moi et j’ai laissé faire… J’ai laissé mon corps aux médecins. Je n’étais plus maitre de mon corps… 

Quel a été l’élément déclencheur qui t’as permis de te réconcilier avec ta grossesse ?

J’ai eu des soucis de tension et on m’a prescrit une sage femme à domicile vers les 8 mois.

Elle a senti le malaise quand elle m’a vu la première fois et on a parlé.

J’ai vidé mon sac et elle m’a dit que ce que j’avais vécu n’était pas normal… Et au fil des rendez vous (1 à 2 fois par semaine)  elle m’a réconcilié avec mon corps.

Et mon ventre s’est arrondi petit à petit.

J’ai senti mon fils pour la première fois. 

J’imagine que ca a du être une renaissance. Comment as-tu vécu ta fin de grossesse suite à cette rencontre ?

C’était magique… Grâce à elle j’étais heureuse d’être enceinte. J’ai vu mon corps changer et j’ai senti mon fils pour la première fois à 8 mois de grossesse.

J’ai vécu une fin de grossesse de rêve avec des sensations de renaissance. Au final je ne voulais pas accoucher. Je voulais juste que ça dure… Je ne voulais pas qu’on m’enlève mon fils. Mon ventre a été un complexe tout au long de la grossesse… Au final j’avais créé un blocage et empêché mon ventre de s’arrondir. 

Avec le recul, qu’aurais-tu aimé dire aux médecins durant ces huit premiers mois de grossesse ? 

J’aurais aimé leur dire NON… Leur dire de pas me manquer de respect. Leur dire qu’il n’y a qu’en France où le poids est signe de bonne ou mauvaise grossesse.

J’aurai aimé refuser de me mettre nue pour rien… Leur demander pourquoi et avoir les explications lors des examens…

J’aurai aimé leur dire que je n’étais pas seulement un utérus. J’aurais aimé leur dire « merci » pour leur accompagnement mais ce n’était pas le cas…  

J’imagine que ton accouchement a été un moment précieux dans vos vies. Comment s’est déroulée cette première rencontre ? 

Oui… Très émouvante!  J’ai accouché à 7 jours du terme.  Mon mari a participé à l’accouchement et c’était merveilleux.

Après 2 poussées, la sage femme a posé mon fils sur moi et j’ai pleuré. Puis mon mari a fait le peau-à-peau pendant que la sage femme s’occupait de moi suite à un petit déchirement et un placenta sorti en plusieurs fois .

Je regardais mon mari et mon fils et j’étais tellement fière d’avoir réussi et que mon fils soit en bonne santé et pas très gros… Et puis mon mari me l’a mis au sein et c’était fort en émotions…

Concernant l’accompagnement post-partum, t’es-tu sentie soutenue par les professionnels de santé ?

Heureusement ma sage femme a domicile à été présente dès les premiers jours. J’ai eu du mal car je sentais des coups fantômes dans mon ventre. Mon bébé me manquait. Aujourd’hui encore ma sage femme est présente pour nous. 

Petit à petit, le corps se remet en place. Doucement. Comment l’apprivoises-tu après cette grossesse ?

Je retrouve peu à peu mon corps et le plaisir de manger, de vivre. J’ai un peu de vergetures car du coup mon ventre a grossi d’un coup mais je suis fière de les avoir. Ça représente mon fils et notre histoire. Aujourd’hui je me sens bien et mon mari retrouve sa femme bien dans son corps.

Au final, après un mois, je suis plus maigre qu’avant la grossesse mais je suis fière d’avoir réussi. 

Et pour finir, quels conseils souhaiterais-tu donner aux autres mamans qui vivraient la même situation que toi ? 

Osez dire non… Osez voir ailleurs. Et pour celles qui sont en surpoids : oui vous avez le droit d’être enceinte même si vos cuisses se touchent.

Votre grossesse va très bien se passer si mentalement vous êtes bien. 

Ne laissez aucun médecin, aucune personne gâcher votre grossesse. Réclamez un drap pour vous cacher, demandez des explications, refusez d’être seulement un ventre. C’est votre corps, votre grossesse !

Tout va bien se passer…

Je remercie du fond du coeur Géraldine pour son témoignage poignant. On ne parle pas toujours de cet aspect, parfois sombre, de la maternité. Le surpoids, les examens à répétition, les gestes déplacés, le manque d’informations. Ça peut vous arriver aussi. Mais vous avez le droit de dire « non ». 

Et vous ? Des souvenirs douloureux de votre grossesse dont vous aimeriez parler ? 

Chaque dimanche, une maman raconte son histoire, comme aujourd’hui. Pour lire les portraits, c’est par ici. 

Si vous aussi vous avez envie de raconter votre histoire, sachez que c’est possible. Que vous ayez envie de parler de votre grossesse, de votre accouchement, de votre post-partum ou de votre vie de maman en général, n’hésitez pas. Chaque histoire mérite d’être racontée. 

enfance joyeuse blog parents futurs parents
Enceinte, Géraldine a été considérée comme "patiente à risque" du fait de son surpoids. Elle s'est sentie dépossédée de sa grossesse à cause des examens.

  1. 1
    WorkingMutti

    Cette histoire me touche beaucoup car je suis ç la limité de l’obésité morbide et que je ne sais que trop bien ce qu’est la grossophobie médicale. Certes le poids est un facteur de risques … mais justement une augmentation des probabilités, pas une certitude de complications. On peut avoir du diabète gestationnel … ou non (perso je n’en ai pas), pas besoin de nous faire faire cet horrible test tous les mois comme certains gynécos.

    On a le droit de vivre une belle grossesse malgré le poids. On peut mener des grossesses à terme sans problèmes, accoucher sans problèmes. Nous ne sommes pas qu’un chiffre sur la balance.

    • 2
      Enfance Joyeuse

      Je suis complètement d’accord avec toi et je te remercie du fond du coeur de partager ton histoire avec nous ici.
      J’espère que les mentalités évolueront mais aussi que des femmes dans votre situation entendront vos paroles.
      Non, vous n’êtes pas qu’un chiffre. Derrière le vécu médical, il y a des femmes.
      Merci beaucoup pour ton témoignage,
      A bientôt,
      Charlotte.

  2. 4
    Emilie

    Je suis peinée pour toi, c’est dommage de se faire gâcher sa grossesse pour des questions de normes.
    A contrario, ma maigreur extrême (35 kilos en début de grossesse) n’a strictement attiré aucun commentaire de la part du personnel médical et finalement tant mieux.
    Grosse ou maigre je me dis que si nous sommes tombées enceinte c’est que notre corps était capable de porter une grossesse

    • 5
      Enfance Joyeuse

      Je te remercie beaucoup pour ce témoignage.
      Généralement les regards se tournent sur les personnes qui ont du surpoids plutôt que sur les autres.. C’est malheureusement une réalité et j’espère que cela évoluera ! Les femmes ne devraient pas subir de différences de traitements selon leur corpulence.
      Ce qui est positif c’est qu’au moins, de ton côté, tu n’as pas subi de remarques liées à ton poids. Et même si je trouve ça complètement normal, au vu du témoignage de Géraldine, c’est déjà une victoire !
      Merci beaucoup pour cet échange,
      A bientôt,
      Charlotte.

  3. 7
    Julia - Et maman tu deviendras

    Le corps médical peut être très violent dans ses propos et ses pratiques… Ce sont des témoignages comme celui de Géraldine qui peuvent raisonner dans le coeur et l’esprit d’autres femmes, afin que ce genre de pratiques s’arrêtent et que les femmes soient plus respectée avant, pendant et après leur grossesse.
    Merci et bravo pour ce témoignage Géraldine.

    • 8
      Enfance Joyeuse

      Je suis très sensible à ce que tu dis. En effet, j’espère que des témoignages comme celui-ci permettront de faire évoluer les mentalités. Et donc, permettront à d’autres femmes d’être plus respectées durant cette période si sensible de leur vie.
      Merci beaucoup pour ton échange,
      À bientôt,
      Charlotte.

  4. 10
    une mummy

    Mon dieu, ça fait tant de peine que cette pauvre maman n’ait vécu qu’un seul mois de sa grossesse à cause de préjugés médicaux poussés à l’extrême! Ca me serre le coeur et je suis soulagée de voir que sa renaissance n’en a été que plus belle. Je lui souhaite que son fils puisse panser ses plaies. Les violences obstétricales (car pour moi ça en est) ne devraient plus exister.

    • 11
      Enfance Joyeuse

      On est d’accord, il s’agit de réelles violences obstétricales.
      La grossesse de Géraldine lui a malheureusement été volée… Et, comme toi, je suis soulagée qu’elle ait pu rencontré cette sage femme qui lui aura permis de reprendre possession de la fin de sa grossesse.
      Merci pour ton mot,
      Charlotte.

    • 12
      Géraldine

      Bonjour merci pour tes mots. Petit à petit j’oublie tout ça grâce au sourire de mon fils. Si j’ai une autre grossesse je la vivrai autrement et beaucoup mieu.

  5. 13
    Maman Lempicka

    Ce qui me frappe dans ce témoignage c’est la puissance du mental, le fait qu’il ait pu littéralement effacer cette grossesse jusqu’aux 8 mois. Ce genre de témoignage est nécessaire, je n’ai pas le même vécu mais je comprends les ressentis de Géraldine.

    • 14
      Enfance Joyeuse

      C’est vrai que la force du mental est incroyable… On la voit lors des dénis de grossesse également.
      Comme tu le soulignes, il me semble aussi que des témoignages comme celui-ci sont primordiaux pour faire évoluer les mentalités et faire bouger, je l’espère, les choses.
      Merci pour ton passage sur le blog,
      A bientôt,
      Charlotte.

  6. 15
    Allegretto

    Je suis plutôt maigre pour ma part, et en début de grossesse je prenais très vite des kilos (ce qui me faisait plaisir…) donc les sage-femmes me disaient de limiter ma nourriture. Pour moi, c’est plutôt le gynéco qui dédramatisait par rapport au poids. Je suis aussi d’accord avec ce que Géraldine dit sur les examens pendant la grossesse, on a souvent l’impression d’être un ventre, entre les frottis, les touchers vaginaux… Je pensais moi aussi être trop sensible de ne pas supporter tout ça, je vois que non ! Merci pour ce témoignage.

    • 16
      Enfance Joyeuse

      Non, tu n’étais pas trop sensible… Tu avais le droit de dire « non ». Mais je comprends que ça ne soit pas facile car bien souvent on ignore même qu’on a le droit de dire stop.
      En tous cas, merci pour ton partage d’expérience. Comme quoi, la question du poids est réellement un sujet débat en fonction du professionnel que l’on a en face de nous… Et finalement de ses propres croyances !
      A bientôt et merci pour ton message !
      Charlotte.

    • 18
      Enfance Joyeuse

      J’aime croire, moi aussi, qu’en parlant de ce type de sujet, les choses pourront s’améliorer. Les langues pourront se délier… Et des progrès être faits… J’y crois profondément !
      Merci pour ton commentaire,
      Charlotte.

    • 20
      Enfance Joyeuse

      Merci infiniment Amélie pour ce retour !
      J’espère que des témoignages comme celui de Géraldine pourront permettre à d’autres femmes de prendre conscience qu’elles peuvent dire non. Et ainsi changer les choses…
      A bientôt,
      Charlotte.

  7. 21
    petitsruisseauxgrandesrivieres

    Je ne suis (malheureusement) pas surprise. J’ai très bien vécu mes grossesses car j’étais suivie par une sage-femme, et j’avais expressément demandé à ce que ça ne soit pas un gynécologue. Et les sages-femmes sont des personnes formidables qui te considèrent dans ta globalité, de la pointe des cheveux aux orteils, et non pas comme un système génital. C’est tellement minable de la part de certains membres du corps médical de profiter de la vulnérabilité des patientes pour commettre des abus de pouvoir… Quand on n’y connaît rien en médecine, on n’a pas les armes pour se défendre.

    • 22
      Enfance Joyeuse

      C’est exactement ce que je pense… Quand on ne sait pas qu’on a le droit de dire non, on ne peut pas se défendre…
      Le suivi que tu as eu avec les sages femmes donne envie… Se sentir respectée, considérée et accompagnée durant ces périodes si sensibles de la grossesse et du postpartum me semble tellement important (même si pas automatique malheureusement…).
      A bientôt,
      Merci pour ton message,
      Charlotte.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *