Être une maman hypersensible. #

Bonjour à tous ! J’espère que vous allez bien ! Comme chaque dimanche, je vous retrouve pour partager le témoignage d’une maman. Aujourd’hui, c’est Coralina, plus connue sous le nom de « To be Mummy » qui partage sur son expérience de femme puis de maman hypersensible. Je ne vous en dis pas plus et je vous laisse découvrir son histoire ↓

Femme et maman hypersensible.

Chère Coralina, peux tu te présenter ?

Alors mon prénom d’emprunt est Coralina, j’ai 30 ans et je suis pacsée avec Monsieur Chéri, on est ensemble depuis (déjà) 13 ans.

Depuis petite, tu as senti que tu étais « différente », en marge vis à vis des autres. Comment cela se démontrait au quotidien ? 

Beaucoup de choses me mettaient à part de mes camarades: je n’avais pas leur insouciance, leur aisance, leur optimisme. J’étais très lucide pour mon âge, tous les adultes le constataient. Je ressentais puissance dix tout ce qui se passait autour de moi et l’absorbais comme une éponge. Mes propres émotions étaient aussi décuplées: la moindre note en-dessous de mes exigences me mettait dans un état pas possible, la moindre dispute entre mes parents me bouleversait… J’avais besoin de solitude et de calme pour faire le tri dans cet afflux constant d’émotions (et de sensations car mes sens aussi sont exacerbés).

Te rappelles tu à quel moment le mot « hypersensible » a été posé sur ce que tu ressentais ? Comment as tu réagis quand tu as découvert son existence ? 

C’est ma meilleure amie qui a réussi à mettre les mots dessus. J’étais alors adolescente lorsqu’elle m’a dit avoir lu un article sur l’hypersensibilité et m’y avoir vue en tout point. Paradoxalement, j’ai été soulagée de pouvoir poser un mot sur mon décalage.

Vois tu cette hypersensibilité comme une force ? Ou plutôt « un frein » ? 

Je l’ai longtemps vue comme un frein car c’est épuisant de tout ressentir à fond, de passer pour pas grand chose de l’euphorie au désespoir. Surtout quand on garde tout pour soi. Parfois, on se sent au bord de l’explosion. Et puis j’ai appris à changer mon angle de vue et à en voir les avantages. Cela m’aide beaucoup en tant que maman de ressentir facilement ce qui se passe dans l’esprit de ma fille et de m’y adapter. Mais les premiers mois ont été très éprouvants pour moi: les pleurs, la fatigue, les bouleversements… Dur à gérer quand on ressent tout puissance dix.

Tu as ensuite grandi et tu as rencontré ton chéri. Comment cela s’est passé ?

Chéri était comme moi lorsqu’il était petit puis la vie, son « rôle de garçon » ont fait qu’il s’est construit une grosse carapace. Cependant, il m’a toujours acceptée comme je suis. Mon hypersensibilité fait qu’on se dispute peu car je préfère le dialogue aux disputes qui me dévastent. J’ai appris à extérioriser ce que je ressens car, ouf, ça fait redescendre plus vite la soupape donc pas de non-dits entre nous! Finalement, cet aspect de ma personnalité n’a pas été un problème entre nous, ça lui a même appris à être plus doux et diplomate.

Puis, à force de vous aimer, tu es devenue maman. Te rappelles tu, durant ta grossesse, un moment (ou des moments) où tu as ressenti cette hypersensibilité ? Je crois savoir que le toucher peut être difficile alors quand bébé grandit en nous…

Effectivement, le contact physique m’est souvent très pénible, je ne suis pas du tout tactile! Faire la bise, même à un ami, cela me coûte. Néanmoins, Chéri et notre fille font exception. Je craignais un peu la grossesse de ce point de vue là mais tout s’est bien passé car, finalement, le ressenti vient de l’intérieur alors ça change tout! Quant aux émotions, j’ai eu beaucoup plus de mal à gérer, j’avais l’impression de bouillonner sans pause. Mais c’est transitoire, heureusement!

Ensuite, ta fille est arrivée. J’imagine ton bonheur. Avais tu peur de lui transmettre cette particularité ? 

À vrai dire, ça a toujours fait partie de moi donc je n’y pensais même plus. Ce n’est que la voyant prendre ce chemin que j’ai dû admettre que les chiens ne font pas des chats.

En grandissant, tu as remarqué qu’elle aussi était peut être hypersensible. Comment l’as tu observé ? 

Les signes sont apparus très rapidement, dès la naissance en fait. Contrairement aux autres nourrissons, elle ne pouvait pas dormir en poussette, ni en voiture, ni avec un fond sonore. La lumière et le bruit la dérangeaient plus qu’un nouveau-né lambda. Elle n’a jamais voulu téter au sein et chaque étape de la diversification a été pénible: l’introduction des purées a été ultra lente, les morceaux n’ont commencé à être acceptés que vers ses 2 ans. Aujourd’hui encore, elle est très loin de s’alimenter comme elle le devrait, trop sensible de la bouche, justement. Elle est vite sur-stimulée au quotidien, si je l’emmène dans un lieu bruyant et très éclairé, elle va vite saturer jusqu’à en pleurer dans mes bras (les aires de jeux intérieures par exemple, c’est très dur pour elle). Elle n’aime pas s’approcher des gens qu’elle ne connaît pas parfaitement bien, elle a besoin d’observer, énormément. Elle vit mal le changement, même les choses minimes, on doit prendre les devants et lui expliquer. A côté de cela, c’est une enfant très éveillée, curieuse de tout, étonnamment lucide déjà pour son âge et pleine d’empathie. Elle est aussi complexe qu’attachante. 

Comment accompagnes tu ta fille au quotidien ? 

L’écoute et la compréhension, ce sont à mes yeux les deux clés. Je l’observe et repère très vite les signes qui montrent que quelque chose ne va pas. Alors je l’invite à me dire ce qui se passe et me montre toujours compréhensive et présente. L’avantage c’est que je comprends et vis pleinement ses réactions, je les ressens très intensément. Il est rarissime que je la fasse pleurer par mes réactions, au contraire, je suis sa solution de repli dès que quelque chose ne va pas. On se comprend, même d’un regard. Et c’est une bonne chose car, hélas, elle a déjà ce réflexe de tout intérioriser (elle retient ses pleurs, se raidit, se ferme). Pourtant, c’est bien l’inverse que j’encourage.

Contrairement à toi, ta fille aura des mots très tôt posés sur son hypersensibilité. Elle sera accompagnée par sa maman qui connait ce qu’elle vit. Et toi ? Quelles étaient tes forces ?

Je ne vais pas me la jouer Caliméro mais j’ai été très seule avec ça. Ma vie familiale était très compliquée, mes parents peu présents, je me suis inhibée et en ai souffert. C’est aussi ça qui m’a amenée à ne surtout pas reproduire ce schéma avec ma fille.

Tu vas bientôt donner naissance à un nouvel enfant. J’imagine que ce n’est pas évident pour ta fille hypersensible. Comment l’aides tu à se préparer à cette grande arrivée ? 

À vrai dire, je ne fais pas grand chose, justement! J’évite d’en faire des tonnes car je sais qu’elle a besoin de recul et de temps pour appréhender ce grand changement. Elle est adorable envers son futur frère, elle réclame à toucher mon ventre, lui met des affaires de côté, me liste souvent ce qu’elle pourra faire avec lui… Sans que je ne lui demande quoi que ce soit! A côté de cela, je la rassure quant à sa place qu’elle conservera: elle aura le droit de participer à tout si elle en a envie, elle aura autant de câlins et d’amour qu’actuellement, elle restera toujours aussi importante pour nous. Elle est aussi au fait de ce qu’est un nouveau-né: il ne saura pas jouer, aura besoin de beaucoup d’attention, dormira souvent et pleurera pour s’exprimer car il ne saura pas parler. Je prends les devants sur tous les aspects qui pourront la bousculer. Enfin, on lui montre des photos et vidéos d’elle bébé afin qu’elle se fasse une idée encore plus concrète de ce que ça sera.

Je me dis que peut-être, derrière leurs écrans, d’autres personnes se reconnaitront dans tes mots. Et peut-être que ce dont tu parles fera écho en eux. Si tu devais donner une définition de l’hypersensibilité, quelle serait elle ? 

L’hypersensibilité, c’est vivre les choses en plus intense par rapport aux autres. On est très touché par tout, que ce soit positif ou négatif. Un vol d’oiseau peut me combler d’extase et me mettre les larmes aux yeux. Une petite réflexion vraiment bête peut me faire ruminer des jours durant et me plonger dans d’infinies remises en question. Tout est décuplé et c’est illusoire de se dire qu’on peut régler le volume. Non, c’est tourné à fond et on doit composer avec.

Pour finir, aurais tu un conseil, une pensée, à partager avec les autres mamans qui lisent le blog ? 

Très longtemps, je me suis ignorée et me suis reprochée d’être trop sensible. Notre société veut au contraire que l’on soit solide face à toute épreuve, alors j’ai nié ce pan de ma personnalité et me suis rongée de l’intérieur. C’est idiot et vain. Il faut s’accepter comme on est pour trouver une paix relative avec soi-même. Et les chiens ne faisant pas des chats, si notre enfant est concerné, ce n’est qu’en s’acceptant un minimum qu’on peut l’aider.

Je te remercie infiniment pour ce témoignage. Je suis certaine que tu vas permettre à d’autres personnes de mettre un mot sur ce qu’ils vivent. Alors merci pour cela.

Si les mots de Coralina vous touchent, vous pouvez la retrouver sur son blog « to be mummy ».

Et chez vous ? Vous connaissez aussi l’hypersensibilité ?

Coralina est hypersensible. Sa fille l'est aussi. Elle revient sur ce mot et ce qu'il signifie pour elle dans sa vie de femme et de maman.

  1. 1
    Nanakie

    Super joli témoignage d’une maman que je suis depuis peu de temps, et dont je ne connaissais pas l’hypersensibilité… Je reconnais ma fille dans certaines descriptions… Je tâcherai de faire très attention aux moindres changements, à expliquer+++ !

    • 2
      Enfance Joyeuse

      Merci à toi pour ce message !
      Je pense aussi qu’on n’est pas forcément assez informés au sujet de l’hypersensibilité.
      A bientôt,
      Charlotte.

  2. 3
    Allegretto

    Ce témoignage me touche beaucoup. Je m’y retrouve en fait… Dans la description qu’elle fait de tout intérioriser, d’avoir du mal à supporter le contact physique. Elle semble en avoir fait une force, un atout pour mieux comprendre ses enfants. C’est très beau et plein d’optimisme. Merci !

  3. 5
    Maman Chamboule Tout

    Beau portrait d’une blogueuse que j’adore lire ! Je vis avec un hypersensible alors je sais qu’au quotidien c’est une situation extrêmement délicate. Malgré tout c’est aussi une force car cette hypersensibilité est à l’origine de beaucoup de bienveillance.

    • 6
      Enfance Joyeuse

      Merci beaucoup pour cet échange. Et ton partage d’expérience.
      Tu n’es pas la seule que j’entends associer bienveillance et hypersensibilité.
      A bientôt,
      Charlotte.

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