Aborder la question de la mort avec un jeune enfant.

Bonjour à tous. Aujourd’hui, je vous retrouve pour un article.. Pas très joyeux, je vous l’accorde ! Mais pourtant très important à mes yeux… Durant notre vie, on est malheureusement confrontés à la perte de certains de nos proches. Et de ce fait, nos enfants aussi. Comme ce n’est jamais une période facile, j’avais envie de parler avec vous de la manière dont on peut les accompagner durant cette douloureuse épreuve. ↓

accompagner mort enfant

Comprendre le concept de vie et de mort.

Il est tout d’abord important de comprendre qu’un jeune enfant (de moins de 6 ans) n’a pas la même notion que nous de la mort. Pour lui, c’est un concept non palpable, pas très réel. Il va élaborer, progressivement, avec les années, ce que la mort signifie.

Avec ses yeux d’enfant, le tout-petit n’a pas donc pas conscience de l’impact de la mort. Il ne peut pas l’intellectualiser. Il n’en a pas la compétence mentale. En revanche, il en souffre au niveau émotionnel. Il est triste de vivre la séparation avec la personne décédée. Il vit donc la mort par les sentiments que le manque provoque plutôt que par la réalité du fait.

Il n’a donc pas élaboré que la mort a un caractère universel (qui touche tout le monde) et irréversible (cette personne ne reviendra jamais).

En revanche, il peut mettre en scène la mort dans ses jeux. De nombreux enfants jouent à la guerre, font semblant. On peut souvent entendre de la bouche des enfants « Pan ! T’es mort ! » ou bien « tu meurs pour de faux ».

De manière générale, même s’il n’y est pas confronté avec ses proches, la mort est présente dans les discours des autres personnes, dans les programmes télévisés, les dessins animés pour enfants… Dans tous les cas, je pense qu’il est important de poser des mots sur la mort quand celle-ci vient frapper notre famille.

Comment annoncer la mort d’un proche à son enfant ?

Dans un premier temps, je pense qu’il est important de ne pas cacher la vérité à son enfant. Même s’il ne perçoit pas la réalité de ce que cela signifie, il ressent votre tristesse. N’oublions pas que les enfants sont des éponges sensorielles ! Ils sont connectés à vous, vos émotions. Ainsi, lui cacher la vérité peut devenir très anxiogène pour lui. De plus, avant six ans, l’enfant vit ce qu’on appelle « la pensée magique ». Cela veut dire que son monde psychique tourne autour de lui. Il se pense responsable de ce qui peut arriver autour de lui. Ainsi, il pourrait se sentir responsable de votre tristesse et de vos émotions s’il ne sait pas d’où elles proviennent. En quelque sorte, il est égocentrique ! Comme nous tous d’ailleurs. Il s’imagine toujours que votre état psychique est lié à ses actions à lui et rien qu’à lui. Imaginez donc comme il peut souffrir de penser que ce sont ses actes ou pensées qui vous ont rendu triste… Ainsi, je pense qu’il est important de ne jamais cacher la vérité sur la mort d’un proche à son enfant.

À mon sens, il est important que ce soit vous qui lui fassiez cette annonce. Il est tout à fait normal que vous soyez triste. Anéanti(e). Sans dessus dessous. Vous venez de perdre un être cher et vous souffrez. Vous n’avez pas à épargner votre enfant de cela. Il va le voir, le sentir. Mais la perte d’un être aimé est douloureuse. C’est ainsi. Cela fait partie du deuil. Vous avez, à mon sens, tout à fait le droit, la légitimité de montrer votre tristesse à votre enfant. Je pense donc qu’il est important que vous lui fassiez l’annonce. Ainsi, vous aurez le contrôle sur ce que vous lui dites. Vous saurez ce que votre enfant a entendu. De plus, vous pourrez le rassurer comme personne d’autre ne le fera. Accueillir ses émotions sans jugement. Et également répondre à ses questions avec des mots adaptés à sa sensibilité. Pour toutes ces raisons, je pense donc qu’il est fondamental qu’au moins l’un de ses parents lui fasse l’annonce de la mort.

Il me semble également primordial de vous attarder sur le choix des mots. Je sais qu’on a toujours envie de protéger ses enfants du drame. On ne veut pas les mettre face à cette si dure réalité. On souhaite leur éviter le plus de souffrance possible. C’est légitime. En revanche, il me semble important que les enfants entendent le mot « mort ». Il est dur et froid. Mais c’est la réalité. Si on image le terme avec des phrases telles que « il dort dans les étoiles, il s’est endormi » ou autre, il y a un risque de confusion de la part de l’enfant. Il n’a pas la même capacité que nous d’imager la réalité. Il la considère telle qu’elle est. Ainsi, il s’imaginerait son papi, sa mamie en train de dormir. Ou dans les étoiles. Littéralement. Il nous revient de l’aider à conscientiser la notion de mort.

Comment l’accompagner alors ?

Il y a plusieurs manières d’accompagner son enfant. Je pense que la première, la plus évidente, est d’être disponible pour lui. Pour répondre à ses questions. Je sais que cette notion de mort peut être très difficile à amorcer avec un enfant. Ainsi, les livres enfants peuvent devenir un réel support d’échanges. Voici une petite sélection :

« Renard a vécu une vie longue et heureuse. Mais un jour vient où il est fatigué… Il s’endort alors pour toujours… Dans la forêt, tous ses amis se réunissent. Ils se souviennent des jours heureux passés avec lui. Renard restera dans leur cœur pour toujours. Un texte d’une incroyable délicatesse pour évoquer avec les petits, de façon imagée et poétique, la disparition d’un être cher… « 

« Un matin, les amis de Blaireau se rassemblent devant sa porte. Ils s’inquiètent parce que leur vieil ami n’est pas sorti pour leur dire bonjour comme d’habitude…Un grand classique qui aborde avec espoir la disparition d’un être cher. Un ton juste, pour un livre exceptionnel. »

« Après la mort d’un être cher on est malheureux, on a du chagrin. On dit qu’on est en deuil…La mort, on doit pouvoir en parler, même aux tout-petits, leur donner les mots pour comprendre ce qui se passe lorsqu’une personne chère disparaît. Dire la vérité à un enfant lui permet de faire le deuil, d’exprimer son chagrin et de sentir peu à peu que la vie continue et qu’il a le droit d’être content de vivre. »

Pour les enfants plus âgés, les livres de questions/réponses pourraient être intéressants.

Il y a également des ouvrages spécifiques pour aborder la mort d’un être proche. Je pense notamment à ces livres là :

« Lilou aime se blottir contre sa maman et son gros bidon tout rond. Mais depuis quelques jours, ses parents sont très tristes. Est-ce parce qu’ils ont compris que Lilou n’a pas envie de prêter ses jouets au petit frère qui va arriver ? 
Sa grand-mère, Nanou, va alors lui raconter une histoire vraie. Une histoire qu’on ne peut pas changer. Le petit frère qui était dans le ventre de sa maman est mort. Et quand on est mort, c’est pour toute la vie. »

Il s’agit d’un livre téléchargeable gratuitement. Il est destiné aux frères et aux sœurs pour leur dire l’impensable : ce petit frère, cette petite sœur qui était dans le ventre de leur maman ne rentrera pas à la maison… 

 » Où est partie Mamy ? Elle va bientôt revenir, c’est sûr : elle me l’a dit.  » 
Comment faire comprendre à une toute petite fille que, parfois, les gens qu’on aime s’en vont et qu’on ne les reverra plus ? La petite narratrice de ce bel album doit comprendre que la vie va – doit – continuer, même en l’absence de sa mamy adorée. »

« Un petit garçon se réveille un matin et comprend que sa mère malade est morte dans la nuit. Il passe par divers sentiments, sa vie de tous les jours est bouleversée : il est en colère, n’arrive plus à dormir. Et puis comment s’occuper d’un papa qui pleure et qui ressemble à un gant de toilette tout mouillé ? Il s’énerve contre les choses du quotidien : son père ne saura jamais aussi bien faire les tartines le matin ! En bref, il refuse d’accepter que sa mère soit partie pour toujours et tente de la rendre présente par tous les moyens. Même si sa plaie au genou le fait souffrir, il se souvient de ce que sa maman lui disait quand il se blessait. Il parvient alors à entendre sa voix, sentir son odeur et ses bras qui l’entourent. Mais petit à petit la vie reprend ses droits. Malgré son chagrin, il constate un jour que sa plaie a cicatrisé et que même sans sa croûte, sa maman est toujours là. Il réapprend alors le quotidien sans sa maman… et avec son papa. »

Voici les ouvrages qui m’ont parlé. Touché. Bien évidemment, ce n’est que ma sélection. Il y en a tant d’autres sur le marché ! A vous de trouver celui vous touche plus qu’un autre. Celui qui vous parle.

Je pense que seul le temps sera votre véritable allié dans cette épreuve. N’hésitez pas non plus à vous entourer de professionnels de santé qui pourraient vous accompagner vous et votre enfant.

J’espère que vous aurez trouvé des réponses à vos questions. Si jamais vous êtes en train de vivre cette douloureuse épreuve, je vous envoie toutes mes pensées.

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Accompagner son enfant face à la mort d'un proche.

10 Commentaires

Ajoutez les vôtres
    • 2
      Enfance Joyeuse

      Non ce n’est pas évident mais comme tu le dis, si je peux donner quelques clés et accompagner les familles dans cette douloureuse étape alors je me devais de dédier un article au sujet !
      Merci pour ton si gentil retour !
      A bientôt,
      Charlotte.

  1. 3
    Madame Bobette

    Merci pour cette petite sélection.
    Récemment Tess m’a demandé qui était ma maman et où elle était. J’avoue avoir été désarçonnée par cette question sans savoir quoi lui répondre. Comment lui expliquer que ma maman n’est pas celle qu’elle appelle mamie, qu’elle ne la connait pas car elle est morte quand j’étais petite? Bref, j’ai temporisé… Je lui ai dit comment elle s’appelait, qu’elle ne la connaissait pas mais que c’était compliqué et que je lui expliquerai quand elle sera plus grande (même si on commence tout doucement depuis quelques temps). Elle m’a répondu d’accord… et j’ai jusqu’à la prochaine fois pour essayer de trouver les mots faciles à comprendre mais qui ne lui feront pas croire que sa maman à elle va partir.

    • 4
      Enfance Joyeuse

      Oui j’imagine que ça n’a pas dû être facile de répondre à sa question.
      Je suis certaine que tu trouveras les mots adaptés à sa sensibilité pour lui expliquer cette notion complexe…
      Je suis de tout coeur avec toi et n’hésite pas à m’écrire si tu as besoin !
      A bientôt,
      Charlotte.

    • 6
      Enfance Joyeuse

      Merci beaucoup pour ton commentaire !
      Je suis ravie d’avoir pu t’apporter quelques références pour ce sujet si compliqué à aborder !
      A bientôt,
      Charlotte.

  2. 7
    Allegretto

    Nous avons été confrontés à une mort très violente il y a deux ans et ça n’a pas été facile, ni pour nous, ni pour les enfants. Mais ce qui est primordial, et c’est ce que vous dites, c’est qu’il faut parler avec son enfant. Ne pas forcer, mais être présente pour entendre les questions qu’il n’ose pas poser. Je leur avais acheté des cahiers intitulés « Quelqu’un que tu aimes vient de mourir » de l’association Fédération Européenne Vivre Son Deuil. Ils sont très bien faits (on peut les acheter via leur site Internet). Après, ça aide ou pas mais ça peut permettre aux enfants de s’exprimer s’ils en ressentent le besoin.

    • 8
      Enfance Joyeuse

      J’imagine comme ça a du être une période terrible pour vous…
      Vos conseils sont les bienvenus : ne pas forcer, être présent pour répondre aux questions..
      Je ne connaissais pas du tout les cahiers dont vous parlez, je vais allez regarder ça ! Merci de partager cela ici !
      A bientôt,
      Charlotte.

  3. 9
    Workingmutti

    Merci d’aborder ce sujet pas facile. Il est vrai qu’on y pense assez peu jusqu’à ce qu’on y soit confronté. En plus peu moins difficile, en ce moment on essaie d’aborder le sujet du vieillissement des grands-parents et de la maladie avec nos enfants de 3 ans. Vraiment pas simple …

    • 10
      Enfance Joyeuse

      C’est vrai je suis d’accord. C’est pour ça que j’avais envie d’en parler ici.
      Oui j’imagine que ce n’est pas facile d’aborder ces sujets… Tu peux utiliser les livres sur le cycle de la vie pour t’aider à parler du vieillissement en tous cas…
      A bientôt;
      Merci pour ton passage ici !
      Charlotte.

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